Bulletin n°3 - Avril 2007

 

 

Le Bulletin n°3 d’avril 2007 amorçait le processus de transformation des Comités Locaux de recensement en Cumitati Pruvinciali. Voici le texte qui a préparé cette transformation :

« Réunion de coordination des Comités Locaux

Samedi 28 avril 2007 - 15 h - Università di Corti

 

         Les organisations qui animent le processus de la Cunsulta Naziunale avaient annoncé au cours d’une conférence de presse, le 18 octobre 2006, une réactivation des Comités locaux de recensement pour la constitution du Corps électoral de la Nation Corse. Neuf réunions publiques avaient été programmées (Corti, Migliacciaru, Aiacciu,Vicu, L’Isula Rossa, Cervioni, Bastia, Porti Vechju, Prupria). Ces réunions se sont tenues selon un calendrier préalablement fixé. Des réunions plus locales ont été organisées à Livese et Santa Maria Sicché, à Luri et Canari et dans cinq communes du Fiumorbu à l’initiative notamment des syndicats étudiants. Au total, en quatre mois,  18 réunions  ont permis à des centaines de patriotes d’exprimer leur point de vue et de faire un certain nombre de propositions pour renforcer le processus de la Cunsulta Naziunale.

         172 nationaux se sont inscrits pour animer localement les comités. Au fil des rencontres et des échanges, il est apparu que les Comités ne pouvaient pas avoir qu’un rôle administratif, détaché des réalités vécues.  Pour susciter l’adhésion à la démarche et faciliter les inscriptions sur le Corps électoral de la Nation Corse, le débat, les propositions et les actions au niveau local sont une nécessité. C’est d’ailleurs dans cet esprit que les organisations parties prenantes du processus ont avancé l’idée d’un important débat sur la question de la terre et du devoir de la défendre par la promulgation d’une « Loi sur la terre ». Cette promulgation, à l’occasion d’un scrutin référendaire, revêtirait un aspect symbolique et historique capital. Elle permettrait, pour la première fois, l’application concrète, publique et démocratique de notre Droit inaliénable à l’autodétermination.  Mais ce scrutin qui mettrait en mouvement notre peuple de manière  autonome au niveau électoral, témoignerait aussi de sa volonté de construire, par le biais d’une Assemblée Nationale Provisoire, ses propres institutions, seules susceptibles d’incarner la Nation Corse.

         Au cours des débats, des clarifications importantes qui ont été faites. Il a été précisé que le processus de la Cunsulta Naziunale, par le fait même qu’il impliquait un engagement individuel et personnel, était un processus indépendant des différentes organisations. Exactement, d’ailleurs, comme dans toute démocratie élémentaire où ce sont les citoyens qui élisent les instances législatives et exécutives et non pas des militants. Partant de ce constat de bon sens, il a été admis que ce sont toujours des points de vue de citoyens, c'est-à-dire personnels (y compris pour l’auteur de cet article !), qui s’expriment dans les structures actuelles de la démarche, même, bien entendu, si chacun peut faire valoir les arguments de telle organisation politique, syndicale ou associative dans laquelle il milite.

         Ces clarifications permettent de faire le partage entre le  processus de la Cunsulta Naziunale qui vise à la restauration pleine et entière de la Nation corse et les légitimes combats quotidiens dans le cadre actuel, à tous les niveaux, sociaux, culturels et politiques, notamment par la participation aux différentes élections. C’est là, précisément que les partis jouent un rôle majeur. C’est à eux qu’il appartient de mener ces combats en développant les politiques et en nouant les alliances qui leur paraissent appropriées pour assurer la résistance et la meilleure défense possible des intérêts de notre peuple.

 

         En ce qui concerne les Comités Locaux, le plus important, à l’occasion de leur première assemblée de coordination,  c’est de se donner les moyens matériels et surtout les forces militantes pour assurer un développement du processus avec un double objectif : à court terme l’organisation d’un référendum sur la question de la « Terre » et, à moyen terme, l’élection de la première Cunsulta Naziunale.

         Ces deux objectifs, fondamentaux au sens propre pour l’avenir même de la Nation, nécessitent une grande détermination patriotique.  Mais si aucun d’entre nous n’en manque, il est évident qu’elle ne peut s’affirmer que dans  l’action collective.  D’où l’importance d’une animation, d’une réflexion et d’une action permanente des Comités locaux et, naturellement, de la meilleure coordination possible entre eux. Une telle initiative n’a jamais pu se concrétiser même s’il y a eu de nombreuses tentatives. Et ceci pour une raison simple : la nation ne saurait dépendre d’un parti ou d’un regroupement de partis. Par contre, la Nation dépend toujours de la volonté de ceux qui la composent.  La difficulté, c’est de traduire collectivement ces volontés individuelles. Peut-on douter de nos capacités à y parvenir ? Comment ne pas voir qu’il s’agirait là d’une expérience unique dans l’histoire des peuples ? Alors, commençons par nous étonner nous-mêmes avant d’étonner le monde.

 

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Le Bulletin n°3 publiait aussi un « BREF HISTORIQUE DE LA CUNSULTA NAZIUNALE » à la veille de la nouvelle étape qui se concrétisera en 2007 par la création de la Cunsulta di i Cumitati Pruvinciali. Voici ce texte :

 

« Bref historique de la Cunsulta Naziunale

 

 

1. Les prémices

 

Le 5 mai 1976, le Front de Libération Nationale de la Corse était créé. Il diffusait un manifeste et un programme dont le cinquième point annonçait la volonté de mettre en place une « administration parallèle ». Voici les termes exacts utilisés par les fondateurs historiques du FLNC :

 

«  Droit à I'autodétermination après une période transitoire de trois ans durant laquelle I'administration se fera à égalité entre force nationaliste et force d’occupation. Cette période de  désaliénation permettra à notre peuple de choisir démocratiquement son destin avec ou sans la France. »

 

On trouve là, exprimé dans une formulation politique synthétique l’esprit même de la Cunsulta Naziunale. On observe que le  Droit à l’autodétermination, c'est-à-dire la liberté de choix,  est lié à une « administration » indépendante des institutions françaises parce que cela, et cela seulement, peut élever le niveau de conscience de notre peuple (période de désaliénation par rapport à des structures institutionnelles porteuses d’une idéologie d’oppression).  On mesure l’importance d’une telle proposition de la part d’une organisation qui entamait une action armée clandestine mais qui en mesurait les limites et en appelait à l’auto organisation du peuple corse par la mise en œuvre d’une démarche démocratique, individuelle et citoyenne.

 

 

2. La conceptualisation

 

1987. A partir des orientations du FLNC et conscients du danger que pourraient représenter les dérives électoralistes, les militants de A Chjama per l’indipendenza e u sucialisimu devaient élaborer plus précisément le concept « d’administration parallèle » sous la dénomination « d’Assemblée Nationale Provisoire ». Voici comment en était défini le rôle :

 

« Le Rôle de cette Assemblée consisterait :

·        A assurer généralement une représentation nationale du peuple corse pour affirmer sa propre souveraineté dans l’île et son image à l’extérieur ;

·        A jeter les bases d’un projet économique, social et culturel pour la Corse de demain et à commencer à le concrétiser ;

·        A contrôler tous les actes de l’Etat colonial en Corse, de ses différents appareils et des hommes qui les servent ;

·        A décréter l’interdiction de toute réalisation contraire aux intérêts nationaux du peuple corse ;

·        A préparer la mise en place d’un processus de retrait de l’Etat colonialiste français et sa substitution par un pouvoir démocratique du peuple corse. »

 

 

 

3. La concrétisation

 

1988. A l’initiative de A Chjama per l’Indipendenza une première tentative en faveur de la Cunsulta Naziunale se développa à partir de décembre 1988. Mais les contradictions entre partis nationalistes, la recherche d’alliance avec le Parti socialiste français pour certains d’entre eux, des scissions successives qui plus tard devaient conduire à des affrontements dramatiques et enfin la priorité donnée aux élections régionales, conduisirent à l’échec en mai 1991. Néanmoins, la coalition « Corsica Nazione » prit l’engagement dans son programme aux élections territoriales de 1992, de relancer le processus de la Cunsulta Naziunale. Cet engagement n’a pas été tenu. C’est un autre processus particulièrement violent qui devait se développer par la suite entre fractions nationalistes.

 

1999. Après la signature du protocole de Migliacciaru le 3 juillet 1999, une seconde tentative fut faite par à Chjama per l’Indipendenza de relancer la Cunsulta Naziunale, suite à l’engagement prit de rechercher un accord politique. Jusqu’au 12 août plusieurs réunions se succédèrent où l’opposition à l’idée de la Cunsulta Naziunale fut clairement affirmée par les organisations autonomistes et négligée par la quasi-totalité des autres.

 

2002. Relance de la Cunsulta Naziunale à l’occasion d’une conférence de presse de « Fronte Corsu» où se sont regroupés les militants de A Chjama per l’Indipendenza, de Rinnovu et d’une partie du PPI.  A l’occasion d’une réunion générale du mouvement national prise à l’initiative de la Cuncolta Indipendentista, toutes les composantes, à l’exception des organisations autonomistes, s’engagèrent à relancer concrètement le processus.  Un travail intense de structuration et de popularisation s’en suivra qui permettra, malgré de multiples contradictions et ralentissements,  de diffuser dès le mois de mai 2003 les premières cartes nationales d’identité. Mais à partir de juillet 2003, à l’initiative du regroupement  autonomiste « A Chjama », ce sont les élections territoriales de 2004 qui devaient devenir la préoccupation principale des partis nationalistes au point que le processus de la Cunsulta Naziunale fut interrompu en septembre 2003, avec un engagement de reprise aussitôt passé le scrutin de mars 2004. Cet engagement n’a pas été tenu. Néanmoins cette troisième tentative a permis à l’idée de la Cunsulta Naziunale de commencer à se concrétiser puisque près de 3000 patriotes constituent l’ébauche du Corps électoral de la Nation Corse.

 

2006. Il a fallu trois ans pour reprendre le processus abandonné en septembre 2003. Nous en sommes donc à la quatrième tentative en 20 ans !  Sa réussite dépend désormais de chaque citoyen qui se reconnaît dans la Nation Corse et qui en souhaite effectivement la restauration pleine et entière.  Cette responsabilité « personnelle », ce devoir « patriotique », chacun peut l’exprimer librement et efficacement au sein des comités locaux qui viennent d’être mis en place. Compter sur les seules organisations pour faire des choix politiques, c’est une manière de négliger ses propres devoirs. L’esprit de la Cunsulta Naziunale, c’est la construction par les patriotes eux-mêmes d’une Nation citoyenne où la sphère publique doit faire l’objet de la plus grande transparence démocratique. 

 

 

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