De la justification de la rupture

DE LA JUSTIFICATION DE LA RUPTURE

(Article paru dans le journal A Voce di a Cunsulta)

 

 

Sur tous les continents, depuis l’aube des temps, le colonisateur a usé de toutes ses ressources militaires et intellectuelles pour asseoir sa domination. La force est bien sûr employée dès l’invasion et pendant l’occupation avec ses corollaires que sont la torture et l’humiliation mais cela ne suffit pas pour inscrire le pouvoir colonial dans le temps. L’administration territoriale se base sur l’étude intelligente des comportements individuels et collectifs des différents groupes ethniques qui composent la population autochtone pour se servir de leurs rivalités réelles ou supposées. L’organisation du territoire découle alors du recueil et du traitement de ses informations.

Cette science est la simple application d’un  adage sorti de la boîte de Pandore et suivi depuis toujours par l’homme et surtout par les puissances coloniales : « diviser pour régner » ! Les exemples sont légion.

La France a usé et abusé de ce stratagème un peu partout à travers le monde lors de sa soif d’expansion : Afrique noire, Afrique du nord, Indochine, etc.

En Corse, ce même principe ne pouvait se fonder sur des divisions ethniques ou raciales  mais la même étude anthropologique a mis en exergue des comportements sociétaux récurrents comme le clanisme. Un clanisme qui découlait originellement de la cellule familiale et se justifiait par une solidarité contre les agressions multiformes que subissait la population de cette île trop convoitée. Il était donc nécessaire de retourner ces attitudes coutumières contre leurs auteurs. Le Général Gallieni, maître en la matière, n’a-t-il pas écrit : « Toute action politique, dans la colonie, doit consister à discerner et mettre à profit les éléments locaux utilisables à neutraliser et détruire les éléments locaux non utilisables. » Il suffisait donc de trouver des indigènes corruptibles et prêts à conserver leurs pouvoirs, y compris au détriment de leur peuple. Pour ériger le clanisme en système politique favorable au colonisateur, il lui fut adjoint le clientélisme. En conséquence, les décideurs de Paris bénéficiaient de relais bienveillants et suffisants sur le territoire.

L’émergence de forces nationalistes réclamant, avec force conviction, la décolonisation et le départ  de l’état français de l’île, a obligé les gouvernants à renforcer cette politique de la division. Ainsi ont-ils provoqué par des actions inavouables la fragmentation du mouvement national : favorisant, tantôt, telle tendance, érigeant tantôt telle fraction armée en interlocuteur privilégié. Cette stratégie est accompagnée par la colonisation de peuplement, prélude au génocide culturel.

Aujourd’hui, devant la persistance de la résistance politico-militaire et la permanence d’élus se réclamant  du mouvement indépendantiste, le pouvoir colonial, dans une visée dichotomique, veut faciliter la résurgence d’un néo-clan « nationaliste » qui condamne la violence et n’a pas de velléités de sortir du cadre de la République Française.

A l’instar des autres clans, les éléments locaux utilisables seront neutralisés.

Seule l’unité historique des forces indépendantistes  rendra difficile  la destruction des éléments locaux non utilisables. Une unité qui pourrait se traduire concrètement au sein de l’Assemblée Nationale Provisoire dont l’élection a été décidée, le 8 mai 2008 par l’Associu di a Cunsulta Naziunale.

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